Le reine et les jeux

Le reine et les jeux

Le lancement des Jeux olympiques a été un étalage de laideur superlative. J’ai du mal à imaginer pire en termes de fond, de formes, de couleurs, de sons. Tout ce qui fait grincer les dents et détourner le regard nous a été infligé, et je n’en ai vu que des bribes, et après-coup.

Désormais, sans complexe on remplace le beau par le laid, le sacré par le démoniaque.

Mon attention a été attirée tout particulièrement par l’image de la Reine Marie-Antoinette portant sa tête en grinçant "Ca ira", avant un déferlement orgiaque de sang sur les murs de la Conciergerie, où la malheureuse attendit la mort après celle de son époux.

"Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne! "

Je ne pense pas que le peuple ait chanté pendant la Révolution.
Ce sont les films et les téléfilms qui nous le font accroire, mais « Ca ira » qui a bien été écrit à ce moment-là, n'a sûrement pas été chanté par les foules.
Ce qu’on croit savoir de la Révolution est médiatique, c'est ce que l'école nous en raconte, ce que la télé nous en montre et ce qu'on nous fait croire.
Dans la réalité, ce fut une période d'épouvante, de disette, de faim qui tenaille et de terreur au coin de la rue.

La présentation odieuse qui a été faite de Marie-Antoinette dans ce spectacle affligeant montre bien ce que vaut la défense des femmes, affichée par les tenants de ce reversement des valeurs.
La reine n’eut d’autre responsabilité que d'avoir été mère de son fils et l’épouse du roi .
On n’avait rien à lui reprocher et son procès fut une mascarade odieuse durant laquelle elle en remontra à ses bourreaux en matière de dignité et de courage.
Je recommande vivement la lecture de ce qu’en a écrit G. Lenotre sur son procès1.
Tout y est. La bassesse des accusateurs, la faiblesse des accusations, la vacuité du dossier. Il n’est pas douteux que la reine fut condamnée à mort par la haine gratuite d’une bande d’excités, ivres de leur pouvoir.

Mais il peut bien y avoir eu autre chose.

Le banquier genevois Necker, que Louis XVI avait appelé dans sa détresse pour renflouer les caisses de l’État, avait émis des emprunts remboursables sous forme de rente viagère.
Il avait eu l’idée de gager ces rentes non sur la tête du prêteur, mais sur d’autres têtes susceptibles de vivre plus longtemps que le créancier.
Celle de trente jeunes filles genevoises par exemple.
Ou bien celle des trois têtes les plus protégées du royaume : celle du roi, de la reine et du duc d’Orléans.
Quand la royauté tomba, le paiement des rentes incomba au nouveau régime qui, en coupant la tête du roi, celle de la reine puis celle du duc d’Orléans (janvier, octobre et novembre 1793), éteignit au profit du Trésor public le paiement de 400.000, 200.000 et 250 000 livres annuelles2.
Un peut évaluer, grosso-modo, l’économie réalisée en 12, 6 et 7.5 millions d’euros. Par an..

Il n’y a pas, dit-on, de petites économies. Celle-ci s’apparente à un sacrifice humain.
On appelle ça les valeurs de la République.

1. G. Lenotre La Captivité et la mort de Marie-Antoinette : les Feuillants, le Temple, la Conciergerie, d'après des relations de témoins oculaires et des documents inédits. Perrin, Paris, 1897. XXI + 430 p
2. Lüthy Herbert — La banque protestante en France, de la révocation de l'Édit de Nantes à la Révolution. Paris, S.E.V.P E.N 1970.p 475 N.

Date de publication : 02/08/2024 00:00

Ajouté par : Plectrude

Tags : #JO #Reine #Blasphème

Commentaires

Bonjour,
Curieusement, je viens tout juste de vous découvrir. J'avais entendu parler de vous, mais nous avons à présent tellement de médias à écouter (pas les mainstream, les autres) que je ne vous découvre que maintenant. Et pourtant, j'adore l'histoire ! Je pense que tellement de "faits" vacillent, tellement de théories du complot s'avèrent vraies, que remettre en question l'histoire — et quel sacré pan d'histoire ! — était peut-être de trop pour moi sur le moment.
Je viens d'Anjou, donc les Guerres de Vendée ne me sont pas inconnues, et je suis beaucoup Philippe de Villiers ; mes yeux n'ont pas tellement besoin d'être dessillés sur cette période, ou du moins je le croyais. Mais de là à voir la Révolution comme un coup d'État d'une minorité de terroristes plutôt qu'un mouvement populaire, avec ces chiffres inouïs (250 députés seulement, moins d'1 % de la population à Paris, ces faits clairs et précis, le coup des rentes sur les têtes royales, etc.), vous venez de faire tomber le peu qui restait dans la poussière. Bravo et merci !
J'aimerais lire un livre sur l'histoire réelle de France, avec les tenants et les aboutissants, et j'aimerais aussi lire une sorte d'histoire de l'Europe qui nous montrerait les répercussions d'événements comme la chute de Charles Ier d'Angleterre sous Cromwell, ou encore les luttes déchirantes entre protestants et catholiques, aboutissant à la Saint-Barthélemy puis à l'Édit de Nantes, et comprendre combien tout cela a pu influer, dans l'ombre, sur les Lumières et la Révolution.

Je vais acquérir vos livres, histoire que ma bibliothèque s'enrichisse encore, pour moi et pour le futur ! Quel autre historien, à votre avis, vaut la peine d'être lu sur le sujet de la Révolution ? Je suis intéressée aussi par l'Ancien Régime et son fonctionnement au quotidien, avec le marché, les communaux, les pâturages et le rôle médiateur du roi et des seigneurs ; le côté décentralisé et local également.

Si vous aviez des suggestions de lecture, je les apprécierais beaucoup.

Bien cordialement, et bonne continuation à vous!
Nadia

Posté le 28/04/2026 18:49